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LES APOLOGISTES DU TRAVAIL ( Aurore, § 173 )
Dans la glorification
du « travail », dans les infatigables discours de la «
bénédiction du travail », je vois la même
arrière-pensée que dans les louanges des actes impersonnels
et d'un intérêt général : la crainte de tout
ce qui est individuel. On se rend maintenant très bien compte,
à l'aspect du travail - c'est-à-dire de cette dure activité
du matin au soir -, que c'est là la meilleure police, qu'elle
tient chacun en bride et qu'elle s'entend à entraver vigoureusement
le développement de la raison, des convoitises, des envies d'indépendance.
Car le travail use la force nerveuse dans des proportions extraordinaires,
il retire cette force à la réflexion, à la méditation,
aux rêves, aux soucis, à l'amour et à la haine,
il place toujours devant les yeux un but limité et accorde des
satisfactions faciles et régulières. Ainsi une société
où l'on travaille sans cesse durement jouira d'une plus grande
sécurité : et c'est la sécurité que l'on
adore maintenant comme divinité suprême.
- Et voici (ô épouvante !) que c'est justement le «
travailleur » qui est devenu dangereux !
Les « individus dangereux » fourmillent ! Et derrière
eux il y a le danger des dangers - l'individuum
!
Dans la société capitaliste
libérale avancée, il s'agit de contraindre l'individu
à se soumettre à un travail harassant et aliénant,
comme aux temps de l'esclavage par la colonisation. L'aliénation
de l'individu par le travail insipide, accablant, presque inhumain...en
maintenant un taux de chômage pour faire accepter ces conditions
de travail... La concurrence dans le travail
permet de faire baisser les salaires et de rabaisser l'individu au niveau
du bétail. Dailleurs c'est le marché du travail, ainsi
on le ramène à un marché à bestiaux.
Nietzsche défend la condition humaine de l'individu ; rien à
voir avec l'individualisme qui relève
d'un égocentrisme outrancier et d'un mode de vie fondé
sur la négation de l'autre...
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