Au XXe
siècle, nous avons connu un essor sans précédent
des sciences et des techniques de sorte que nous sommes arrivés
à l'âge d'or (du moins pour les riches). Paradoxalement,
ce progrès s'est accompagné d'une mutation. Revenons
au XIXe siècle pour comprendre comment apparaissent
les pensées du déclin.
L'Europe connaît des bouleversements
sans précédent avec le changement de régime, l'abolition
de d'esclavage, la lutte des classes, la constitution républicaine
fondée sur la démocratie, le socialisme, la liberté
de penser. L'épopée napoléonienne a ouvert la voie
aux sciences et à la philosophie, désormais enseignée
au lycée. Les idées de C. Darwin
triomphent, font des émules, inspirant un darwinisme social (Spencer);
le nihilisme se répand en Russie, la notion
d'Inconscient apparaît et l'anticléricalisme gronde, sauf
en Pologne. L'Église, menacée par les idées modernes, tente de
réagir contre le «modernisme». Le christianisme agonise.
Il y a, depuis Hegel,
comme un bouillonnement des «sciences philosophiques», la
psychologie s'affirme comme science et le mouvement de remise en cause
devient radical avec Nietzsche, qui fait entrer en jeu les forces actives
et réactives à l'uvre dans l'univers. Ces pensées de «déclin»,
de «décadence» sont dans l'air du temps (Gobineau) et Nietzsche
pointe du doigt vers l'Amérique du Nord. En effet, l'immigration
massive vers l'Amérique s'accompagne de l'espoir de fonder une
nouvelle civilisation. Dans la recherche du bonheur, vint la désillusion
vis-à-vis du formidable espoir de progrès par la science,
cet enthousiasme issu des Lumières.
Le déclin,
ce n'est pas l'image inverse du progrès. C'est la fin d'un cycle.
La civilisation judéo-chrétienne agonise mais elle n'est
pas encore morte. Après chaque guerre, il y a un réveil
de de la pratique religieuse pour mieux supporter les malheurs, surtout
par les veuves. Nietzsche écrit :
« Peut-être sent-on que toutes les civilisations étant
mortelles, la nôtre l'est aussi. »
Il y a déjà
plus d'un siècle, Nietzsche considérait donc :
Le déclin de
la civilisation judéo-chrétienne: cette culture est dépassée
et l’art est décadent; il ne reste que l’information. (voir:
théorie de la décadence)
Le néant d’une
vie qui s’essouffle à la poursuite du profit, avec le machinisme, «la
vie est malade de ce mécanisme déshumanisé, de
l’impersonnalité du travailleur, de la fausse économie
de la division du travail». (Voir: Nietzsche
et le travail).
«L'activité
scientifique moderne barbarise... et la fin ultime - la civilisation
- se perd de vue.» (voir: une entrave à
la civilisation)
Cependant, la décadence n'est
pas condamnable en soi ; c'est même un signe de progrès,
nous dit Nietzsche. A l’origine, un événement plus
profond s’est passé: «Dieu est mort». Oui,
la croyance est en train de décroître
et Nietzsche perçoit là, non sans frayeur, un événement
majeur. Faudra-t-il encore longtemps pour que nous en prenions tous
conscience ? Mais il manque dorénavant ce point d’appui
des valeurs.