Le dernier homme

« Je vais leur parler de ce qu'il y a de plus méprisable, à savoir le dernier homme... ».
(Prologue de Zarathoustra, § 5)
" Voici ! Je vous montre le dernier homme.
Amour ? Création ? Désir ? Étoile ? Qu'est cela ?
La Terre sera devenue plus exiguë, et sur elle sautillera le dernier homme qui amenuise tout. Sa race est indestructible comme celle du puceron; le dernier homme vit plus longtemps.
" Nous avons inventé le bonheur " disent les derniers hommes, et ils clignent de l'œil. Ils ont abandonné les contrées où la vie était dure, car on a besoin de chaleur:
Tomber malade et être méfiant passe chez eux pour un péché : on s'avance avec précaution. Bien fou celui qui trébuche encore sur les pierres ou sur les hommes !
Un peu de poison de-ci de-là, cela procure des rêves agréables. Et beaucoup de poison en dernier lieu pour mourir agréablement.
On travaille encore, car le travail est une distraction. Mais on a soin que la distraction ne fatigue pas. On ne devient plus ni pauvre ni riche, c'est trop pénible. Qui voudrait encore gouverner ? Qui voudrait obéir ? C'est trop pénible.
Point de berger et un seul troupeau. Chacun veut la même chose, tous sont égaux : quiconque est d'un autre sentiment va de son plein gré dans la maison des fous. Autrefois tout le monde était fou, disent les plus fins et ils clignent de l'œil. "
On est prudent et on sait tout ce qui est arrivé, de sorte que l'on n'en finit pas de se moquer : On se dispute encore, mais on se réconcilie bientôt, de peur de se gâter l'estomac. On a son petit plaisir pour le jour et son petit plaisir pour la nuit, mais on révère la santé.
"Nous avons inventé le bonheur" disent les derniers hommes, et ils clignent de l'œil.
A ce moment, les cris de joie de la foule l'interrompent : "Donne-nous ce dernier homme, ô Zarathoustra, s'écrièrent-ils, fais-nous semblables à ces derniers hommes ! Nous te tiendrons quitte du surhomme !
Et tout le peuple jubilait et claquait de la langue.

(Ainsi parlait Zarathoustra. prologue,). "La petitesse de l'homme est grande" (F. Nietzsche)

Dans Le premier homme (ouvrage posthume d'Albert Camus dont le titre fait contre-pied au "dernier homme" de Nietzsche), on lit ceci : « L'amour n'est qu'une duperie, une mystification ».
Nietzsche ne dit pas autre chose dans le Gai Savoir : « Tout ce qu'on appelle amour », (§ 14).

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