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CHRISTIANISME
«Les chrétiens, par une de ces fraudes pieuses, falsifièrent
grossièrement un passage de Flavius Josèphe. Ils supposent
à ce juif, si entêté de sa religion, quatre lignes
ridiculeusement interpolées ; et au bout de ce passage ils ajoutent
: Il était le Christ. Quoi! Si Josèphe avait entendu parler
de tant d'événements qui étonnent la nature, Josèphe
n'en aurait dit que la valeur de quatre lignes dans l'histoire de son
pays! Quoi! ce Juif obstiné aurait dit : Jésus était
le Christ. Eh ! si tu l'avais cru Christ, tu aurais donc été
chrétien. Quelle absurdité de faire parler Josèphe
en chrétien! Comment se trouve-t-il encore des théologiens
assez imbéciles ou assez insolents pour essayer de justifier
cette imposture des premiers chrétiens, reconnus pour fabricateurs
d'impostures cent fois plus fortes !» (Dictionnaire philosophique,
rubrique Christianisme, Voltaire)
RECHERCHES HISTORIQUES SUR LE CHRISTIANISME
«Plusieurs savants ont marqué leur surprise de ne trouver
dans l'historien Josèphe aucune trace de Jésus-Christ
; car tous les vrais savants conviennent aujourd'hui que le petit passage
où il en est question dans son Histoire est interpolé.
Le père de Flavius Josèphe avait dû cependant être
un des témoins de tous les miracles de Jésus. Josèphe
était de race sacerdotale, parent de la reine Marianne, femme
d'Hérode; il entre dans les plus grands détails sur toutes
les actions de ce prince; cependant il ne dit pas un mot ni de la vie
ni de la mort de Jésus; et cet historien qui ne dissimule aucune
des cruautés d'Hérode ne parle point du massacre de tous
les enfants, ordonné par lui, en conséquence de la nouvelle
à lui parvenue, qu'il était né un roi des Juifs.
Le calendrier grec compte quatorze mille enfants égorgés
dans cette occasion. C'est, de toutes les actions de tous les tyrans,
la plus horrible ; il n'y en a point d'exemple dans l'histoire du monde
entier. Cependant, le meilleur écrivain qu'aient jamais eu les
Juifs, le seul estimé des Romains et des Grecs, ne fait nulle
mention de cet événement aussi singulier qu'épouvantable.
Il ne parle point de la nouvelle étoile qui avait paru en Orient
après l'a naissance du Sauveur; phénomène éclatant
qui ne devait pas échapper à la connaissance d'un historien
aussi éclairé que l'était Josèphe. Il garde
encore le silence sur les ténèbres qui couvrirent toute
la terre, en plein midi, pendant trois heures, à la mort du Sauveur;
sur la grande quantité des tombeaux qui s'ouvrirent dans ce moment;
et sur la foule des justes qui ressuscitèrent.
Les savants ne cessent de témoigner leur surprise, de voir qu'aucun
historien romain n'a parlé de ces prodiges, arrivés sous
l'empire de Tibère, sous les yeux d'un gouverneur romain, et
d'une garnison romaine, qui devait avoir envoyé à l'empereur
et au sénat un détail circonstancié du plus miraculeux
événement dont les hommes aient jamais entendu parler.
Rome elle-même devait avoir été plongée pendant
trois heures dans d'épaisses ténèbres; ce prodige
devait avoir été marqué dans les fastes de Rome,
et dans ceux de toutes les nations. Dieu n'a pas voulu que ces choses
divines aient été écrites par des mains profanes.»
(Note de Voltaire, ajoutée en 1769)
(Extrait du texte
de Voltaire, rubrique CHRISTIANISME, Gallimard coll. Folio)
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