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Le Gai Savoir
« Peut-être la vérité est-elle une femme
qui a de bonnes raisons de ne pas vouloir montrer ses raisons. »
(Préface au Gai Savoir, Nietzsche).
 Le
Gai Savoir, cela évoque la société occitane
qui, au XIIe siècle, rayonnait sur l'Europe entière
par la poésie brillante de ses troubadours. Elle
avait inventé l'art d'aimer ou fin amor.
Les troubadours sont des penseurs libres protégés des grands
seigneurs initiés à cette chevalerie... comme à Toulouse.
La Dame ainsi courtisée est une beauté fière qui
refuse la moindre faveur. Il y a là un mystère, et nous
devons être initié à la gaie science pour comprendre
que la chose est grave et que la Dame est en réalité une
doctrine secrète, une doctrine ésotérique. L'amour
courtois ne plaisait pas à l'Eglise de Rome, pour qui la vierge
Marie était la seule Dame à vénérer. C'est
le début de la rébellion envers la dictature spirituelle
de l'Eglise qui voyait le corps et la sexualité féminine
entachés d'impureté.
FIN AMOR
* L'amour courtois ne plaisait pas à l'Eglise de Rome, pour qui
la vierge Marie était la seule Dame à vénérer.
C'est le début de la rébellion envers la dictature spirituelle
de l'Eglise qui voyait le corps et la sexualité féminine
entachés d'impureté. D'ailleurs, le symbolisme amoureux
permit aux Troubadours Cathares de s'exprimer librement tout en narguant
l'Eglise catholique car les Cathares appelaient leur Église: l'Église
d'Amour.
Ceci n'est pas une simple interprétation. Des Cathares eux-mêmes
l'ont dit. Certains d'entre eux déclarèrent en effet aux
Inquisiteurs de Toulouse que la Vierge, Notre-Dame « n'était
pas et n'avait jamais été une femme de chair mais était
leur secte et leur Ordre » (1).
En premier lieu, la noblesse occitane qui était la protectrice
des troubadours dont plusieurs, étaient du reste issus de ses rangs,
était aussi la protectrice du catharisme et comptait de nombreux
Cathares dans son sein.
Comme l'écrit Denis de Rougemont : « Le secret des troubadours
était somme toute une évidence symbolique aux yeux des initiés
et des sympathisants de l'Église d' Amour. » (2)
(extrait du livre de Gérard de Sède : Le secret des Cathares).
D'ailleurs, le symbolisme amoureux permit aux troubadours Occitants et
aux Cathares de s'exprimer librement tout en narguant l'Eglise car Roma
est l'opposé de Amor. D'où la boutade de Nietzsche
qui courtisait la vérité autant qu'une jeune femme, Lou
Salomé :
« En admettant que la vérité soit femme, n'y aurait-il
pas quelques vraisemblances à affirmer que les philosophes, dès
lors qu'ils sont dogmatiques, ne savent pas s'y prendre avec les femmes
? » (on voit bien là encore l'ironie de Nietzsche)
- LA COURTOISIE EST UN PHÉNOMÈNE DE CIVILISATION.
Elle plonge ses racines à la fois dans la seigneurie rurale et
la chevalerie.
Une œuvre résume toute l'aventure de la courtoisie: le Roman
de la Rose, qui réunit sous un même titre deux fictions
allégoriques, composées à quarante ans de distance
par deux poètes de tempéraments opposés. Le Roman
de la Rose se présente comme un poème allégorique
et didactique en deux parties. La première, écrite vers
1230, est un Art d'aimer selon les règles de la société
courtoise, dû à un certain Guillaume, natif de Lorris-en-Gâtinais
; elle décrit en 4058 vers, et dans le cadre fictif d'un songe,
la tentative d'un amant pour s'emparer de l'objet aimé, représenté
par une rose au coeur d'un verger. La seconde partie, le Miroir aux
amoureux, a été composée entre 1270 et 1280 par
Jean Chopinel, dit Jean de Meung, qui ajouta 17723 vers au texte de
Guillaume de Lorris: c'est, pour l'essentiel, une encyclopédie
des connaissances et une satire de la société du temps,
dans laquelle la délicatesse précieuse fait place à
l'ironie et la verve gauloise. Le Roman de la Rose est à lui
seul une ère de la littérature française et la
Rose a opposé son mystère à celui du Graal. Première
œuvre rosicrucienne, il propose un itinéraire initiatique
et poétique sur le thème de l'amour et des bonnes moeurs
de l'aristocratie.
- LA COURTOISIE EST UN SYSTÈME SOCIAL. Elle implique à
la fois une gravitation et une exclusion : la noblesse, dont tous les
gestes prennent sens et valeur par rapport à la Cour, s'oppose
aux vilains, au monde de la peine et de la brutalité.
- LA COURTOISIE EST UNE THÉORIE DES RAPPORTS ENTRE L'HOMME ET
LA FEMME. Cette théorie repose sur la conception du service de
la Dame élevé à la hauteur d'une religion, avec
ses rites et ses interdits. Maîtresse du destin du parfait chevalier,
à la fois incitatrice et but de toute quête, la Dame polarise
les désirs de la turbulente jeunesse de la Cour et en même
temps les tient à distance grâce à une discipline
amoureuse codée dans une littérature raffinée.
- LA COURTOISIE CONNAÎT UNE EXPANSION GÉOGRAPHIQUE. Elle
naît, au début du XIIe siècle, dans l'entourage
des seigneurs du Midi, en pays de langue d'oc, avec les troubadours,
elle gagne ensuite le Nord, la France de langue d'oïl, avec les
trouvères, elle conquiert enfin les cours de l'Allemagne médiévale
avec les minnesãnger.
Au long du XIIIe siècle, la courtoisie a connu une évolution,
mais elle a poursuivi un même but profond : domestiquer le mythe
de la passion fatale de Trisfan et Iseut.
- LA COURTOISIE SERT À L'ÉPANOUISSEMENT DES JEUNES AMANTS.
Elle joue d'abord le rôle d'une formation continue pour les cadets
de famille, les jeunes célibataires sans fief qui vivent en permanence
à la cour du seigneur ; elle s'efforce ensuite de donner à
la passion adultère les couleurs de l'amour conjugal ; elle masque
enfin, derrière l'amour de la Dame, l'amitié virile des
combattants.
- LA COURTOISIE S'EST INCARNÉE DANS L'ART RAFFINÉ DES
TROUBADOURS DES COURS MÉRIDIONALES, PUIS DES TROUVÈRES
DE LA FRANCE DU NORD, MAIS DANS DEUX TONALITÉS DIFFÉRENTES.
Troubadours et trouvères chantaient les raffinements des rapports
de courtoisie dans les relations amoureuses et furent très prisés
dans les cours méridionales, dans les pays de langue d'oc.La
fin amor, cet amour qui exige un long service
amoureux jamais certain de sa récompense, est née dans
les cours seigneuriales du Midi, en pays de langue d'oc, où se
mêlaient les influences de la poésie liturgique latine,
des chants populaires, du lyrisme des poètes arabes d'Andalousie.
Cet amour est signe de la cortezia, la courtoisie, qui
se caractérise par la jouvenz (les qualités
de la jeunesse), le joi (tantôt compris comme une joie
quasi mystique, tantôt comme un jeu) et la mesura
(la maîtrise de soi). Ce que dit la poésie courtoise, au
milieu de quelques retours de gaillardises et de désirs brutaux,
c'est que la fin de l'amour tue l'amour : le bonheur est dans l'inassouvissement;
il culmine ainsi dans l'épreuve de l'assag, la chasteté
acceptée en présence de la dame nue.
- UN ART HERMÉTIQUE ET VARIÉ. Le troubadour est un trouveur,
c'est-à-dire un «faiseur de tropes», d'ornements
mélodiques et littéraires. Trobar, en langue
d'oc, signifie trouver, créer, au sens poétique et musical,
car dans l'art du troubadour les deux pratiques sont inséparables.
Beaucoup de manuscrits des troubadours sont pourvus d'une notation musicale
qui souligne les textes. Souvent le poète s'accompagne lui-même
de la vielle. Le trobar connait divers degrés: trobar leu
( poésie ouverte ), trobar clus ( poésie
fermée, hermétique ), trobar ric, qui cultive
l'expression rare. Cet art élaboré s'incarne en une multitude
de formes et de genres : la canso, chanson d'amour qui
se termine souvent par un envoi (tornada) dédiant le poème
à une personne désignée par un pseudonyme (le senhal)
; l'estampida, composée sur un rythme de danse;
la tenson, débat entre plusieurs poètes
sur une question de discipline amoureuse ; l'alba, chanson
qui évoque la séparation des amants au petit jour. On
peut y voir les prémices du Bel Canto dans l'Italie
de la Renaissance. (D'après l'Encyclopédie THEMA
Larousse).
-
Ce n'est pas tout; il est bel et bien prouvé
que de nombreux troubadours étaient cathares. C'était
le cas de Guilhem de Durfort qui abritait dans son château de
Fanjeaux des communautés de Parfaits et de Parfaites et qui
y organisait «les controverses religieuses». C'était
le cas de Mir Bernat de Laurac, livré au bras séculier
comme Cathare l'année de la chute de Montségur. C'était
le cas d'Aimeric de Péguilhan qui mourut Parfait dans un couvent
cathare de Lombardie, etc., etc.
Prenons les trois troubadours qui disputaient ensemble - en apparence
si futilement des menus témoignages d'amour de la Dame: l'un,
Uc dè la Bacalaria appartient à la famille de l'architecte
qui construisit Montségur; le second, Savary de Mauléon,
est aux côtés dù comte Raymond VI quand il reconquiert
Toulouse; quant au troisième, Gaucelm Faidit, c'est comme son
nom l'indique un chevalier cathare dépossédé.
Par dessus tout, on peut reconnaitre, dans la poésie des troubadours,
presque tous les grands thèmes du catharisme : hostilité
au mariage et tolérance envers l'union libre, mais aussi idéal
de chastété, programme exprimé par le troubadour
Montanhagol dans la belle formule D'Amor mou castitatz (d'Amour naît
Chasteté) qui reflète exactement l'idéal des
Parfaits; affirmation que le monde est foncièrement mauvais,
si souvent répétée par le troubadour Peire Cardinal
; haine contre l'Église de Rome qui éclate chez le troubadour
Guilhem Figueira. Quand on sait tout cela, on découvre que
la clef de la poésie troubadouresque est une clef cathare.
La Dame, c'est l'Église cathare; l'Amant, c'est son adepte;
le Mari jaloux, c'est l'Église romaine ; les lauzengiers, ce
sont les dénonciateurs. AMOR est tout simplement... l'inverse
de ROMA. (d'après G. De Sède)

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