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Généalogie de la morale
«L'antinomie des valeurs
n'est qu'apparente.» Bien et mal sont des oppositions naturelles irréductibles.
Si nous voulons le bien, il faut admettre la nécessité du
mal, car l'un ne va pas sans l'autre. Le véritable héros
est le rebelle, parce que sa révolte est saine. On ne peut lui
en vouloir de réagir contre l'oppression. Le pouvoir établi
s'entoure de forces de police, de gens armés : cela est prémédité
pour se défendre.
Nos actes sont-ils tous prémédités ? Que vaut l'intention
? Chacun sait se justifier en invoquant le fait que l'intention qu'il
avait était bonne. On appelle cela : se donner bonne conscience,
mais c'est parce qu'on a mauvaise conscience, qu'on cherche à se
faire bien voir.... Seule, la valeur de nos actes compte.
L'origine des préjugés moraux est dans la révolte
et le ressentiment des faibles et des esclaves. Dans Par delà
bien et mal (l'esprit libre, § 32), Nietzsche définit
trois périodes dans l'évolution de la morale :
- Tout d'abord, ce fut une période "pré-morale"
(préhistorique) : Une action était jugée en bien
ou en mal sur les conséquences qu'elle entraînait. Tout action
qui faisait souffrir était jugée mauvaise.
- Puis une période morale (antiquité grecque) : Renversement
de perspective. L'action est jugée d'après la cause. Ce
qui est jugé bon vient des meilleurs et des plus forts, selon les
murs aristocratiques.
- Ensuite, une période "post-morale" (christianisme
paulinien) : «Fatale superstition, l'origine de l'action est attribuée
à l'intention.» Ainsi, pour la bonne cause, tout est permis, et
qu'importe après tout si nous faisons le mal puisque c'est afin
qu'il en sorte du bien. «Si notre injustice fait ressortir la justice
de Dieu, que dire ?» (Romains III, 5-8) Ces écrits de Paul ont
eu pour conséquences les bûchers de l'Inquisition et toutes
sortes de frénésies religieuses malsaines. Dans nos actes,
l'intention ne serait qu'un masque qui cache les instincts les plus profonds
enfouis dans notre conscience. Il faut comprendre que les "bonnes"
intentions ne justifient pas les actes tyraniques, cruels ou despotiques
de certaines personnes...
«Aussi bien soupçonnons-nous que c'est précisément
que c'est ce qu'il y a de non intentionnel dans l'acte qui lui prête
une valeur décisive et que tout ce qui y parait prémédité,
tout ce qui vient à la conscience fait encore partie de la surface,
et ne vient pas du plus profond de l'être.» Nietzsche prévoit
donc pour maintenant une période extra-morale, supra-morale,
ou amorale. «Le dépassement de cette morale, tel est le long travail
secret qui était réservé aux consciences les plus
fines, les plus probes, aux consciences qui sont les plus vivantes pierres
de touche de l'âme.» Serait-ce qu'on appelle aussi les temps post-humains...?
Va-t-on retourner
vers la barbarie ? Nos instincts nous guident et nous protègent,
dans la vie. Mais alors, dans notre comportement, doit-on laisser tous
nos instincts dominer ? Ou faire acte de volonté en essayant de
maitriser nos mauvais penchants et nos instincts les plus barbares ? Dompter
ses instincts pour mieux se sentir libre ?
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