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Les gnostiques étaient-ils des chrétiens ?
Les gnostiques prétendaient
à une connaissance des mystères sans recours à quelque
raisonnement. Il y aurait eu une Gnose secrète qu'ils détenaient
seuls, ce à quoi s'opposa Saint Thomas d'Aquin. De leurs propres
témoignages, les premiers chrétiens étaient constamment
exposés à la critique d'autres érudits de grande
réputation, par la suite diffamés en tant que "païens"
par leurs adversaires chrétiens. Parmi eux, on compte nombre de
gnostiques qui se sont énergiquement opposés à la
tentative judéo-chrétienne de matérialisation charnelle
de leur dieu. Les chrétiens peuvent être dénoncés
pour leur avoir emprunté plusieurs des caractéristiques
de leur divinité suprême et de leur homme fait dieu. Les
réfutations par les chrétiens des thèses gnostiques
indiquent suffisamment que le dieu fait homme judéo-chrétien
leur était une injure, soutenant pour leur part que leur propre
dieu ne pouvait jamais, par définition, s'incarner.
Nietzsche était
agnostique et athée. Aujourd'hui, l'existentialisme athée,
prenant conscience du caractère absurde du monde où nous
vivons, n'a pas d'autre issue que son humanisme, lui aussi sans explication.
Le problème du mal et de la souffrance était résolu
différemment par les gnostiques chrétiens qui l'attribuaient
à la chute originelle, à l'emprisonnement de l'âme
dans le corps animal, et qui se réfugiaient dans l'ascétisme
le plus rigoureux, méprisant le "monde" et condamnant la sensualité.
L'idée venait de textes de Jean prônant le détachement
du monde sensuel (Nouveau Testament). Et la recherche d'une "gnose" secrète
pour se régénérer jusqu'à l'androgynat primitif
ou permettant d'expliquer la chute originelle engendra divers systèmes
de pensée. Face au problème du Mal, dont nombre d'entre
eux attribuaient une cause première, une volonté aveugle,
un Démiurge inférieur à la Divinité lumineuse
transcendante, et donc irresponsable, les gnostiques Judéo-chrétiens
d'Alexandrie, la Cosmopolite, opposaient la conscience propre à
organiser le chaos, et à instaurer l'ordre, et ce, dans tous les
domaines. La raison d'être métaphysique du côté
négatif est dans le choix positif de l'illuminé ou de l'initié
qui a compris que les conséquences de ses actes s'inscrivent dans
un ensemble de choses et que rien n'est séparé.
La Gnose pourrait résulter
de l'osmose entre différentes cultures méditérranéennes,
hellénistique et sémite, elle est née de l'évolution
de la conscience de plus en plus individualisée et donc de l'angoisse
personnelle de l'individu face à lui-même. Si la gnose paraît
se nourrir d'influences très diverses (essenienne, néoplatonicienne,
et égyptienne), il est bien difficile de préciser son origine
juive d'un strict point de vue historique, mais on est certain en revanche
qu'elle n'est pas très antérieure à la diffusion
du christianisme, dont elle partage pour une large part l'esprit. Les
gnostiques sont avant tout des juifs convertis ou des chrétiens,
à une époque où les vérités du christianisme
étaient encore loin d'avoir trouvé la forme sous laquelle
elles pouvaient être imposées sur fond d'ignorance et sans
rejet aux croyants.
Dans les premiers
siècles de notre ère, à l'époque de la prolifération
des églises, l'Égypte vit naître deux puissantes écoles
de gnosticisme, celle de Basilide Valentin et
plus tard, un grand mouvement ésotérique, parti d'Égypte,
transplanté en Iran, s'amalgamant avec d'autres courants gnostiques,
ainsi qu'avec des éléments locaux, donna naissance au manichéisme,
religion forte et profonde qui eut une existence millénaire.
Avant la découverte des manuscrits de Nag Hamrnadi, les textes
gnostiques étaient très rares et deux seulement ont pu parvenir
intégralement :
- La Pistis Sophia, écrit gnostique en copte découvert
en Egypte au XVIII siècle, traduction française par E. AMELINEAU,
éd. Archè, 1975,
- Les Actes de l'Apôtre Thomas, dont on dispose d'une version
syriaque et une version grecque, renfermant le célèbre Chant
de la perle : il existe plusieurs traductions ou adaptations françaises
de ce texte, par exemple celle de H. LEISEGANG, La Gnose, traduit par
Jean GOUILLARD, Payot, 1951.
Les textes sacrés de NAG-HAMMADI
découverts en 1945, font l'objet d'une page spéciale (flèche
suite).

Sur B. Valentin et autour du gnosticisme,
une courte bibliographie, qui est loin d'être exhaustive :
- Encyclopédie des Mystiques, chap. Gnose et Hermétisme,
Robert Laffont éd. 1972.
- LACARRIERE Jacques, Les Gnostiques, A.-M. Métaillé, 1991, 190
p. Nouvelle éd. revue et modifiée; ouvrage pouvant faire office d'introduction
- LEISEGANG H., La Gnose. Traduit de l'allemand par Jean Gouillard,
P.B. Payot., 1971.
- PETREMENT Simone, Le Dieu séparé. Les origines du gnosticisme,
Cerf, coll. Patrimoines-Gnosticisme, 1984, 698 p.
- DORESSE Jean, Les Livres secrets des Gnostiques d'Égypte
, éd. du Rocher, 1984.
- COULIANO Ioan P., Les Gnoses dualistes d'Occident. Histoire
et mythes, Plon, 1990.
- PISTIS SOPHIA, Ouvrage gnostique de Basilide Valentin, Archè,
1975, XXXII - 204 p. Traduit du copte en français avec une introduction
par E. Amélineau. Réédité par Robert Laffont.
- WAUTIER André, Textes gnostiques de Shenesêt, Versions
françaises et commentaire, Ganesha, 1990 t.I: Paroles gnostiques
du Christ Jésus [La Sophia de Jésus; L'Epitre secrète
de Jacques; L'Evangile selon Thomas; Le Livre de Thomas le Champion],
1988, 127 p.; t.II: Textes fondamentaux du Séthianisme christianisé
[La Lettre d'Eugnoste; La Paraphrase de Shem; Le Deuxième Traité
du grand Seth; L'Evangile selon Philippe; Le Témoignage de la
Vérité], 1989, 159 p.; t.III: Mazdéisme et Séthianisme
Zostrien; La Prôtennoïa trimorphe; Les Révélations
d'Adam; Le Codex de Bruce (Extraits)], 1989, 136 p.; t.IV: Le Mythe
de Barbélô, Mère céleste [Le Livre secret
de Jean; L'Evangile égyptien; Melkitsédec; Maisane; L'Allogène;
Hypsiphrone; Le Deuxième Livre de Iéou; Pistis Sophia
(Extraits)], 1990, 220 p.
- HERMES TRISMEGISTE, Corpus Hermeticum, Les Belles Lettres,
coll. des Universités de France, 1946. Texte établi par
A. D. Nock et traduit par A.-J. Festugière, 4 vol.; t.I: Poimandrès,
Traités II à XII, 3e éd., 1972; t.II: Traités
XIII à XVIII, Asclepius, 3e tirage, 1973
- FESTUGIERE R.P., O.P., Hermès Trismégiste (La révélation
d'), Librairie Lecoffre-J. Gabalda & Cie, coll. Études bibliques,
1954, 4 vol.; t.I: L'astrologie et les sciences occultes, 2e éd.,
1950, XIV-441 p.; t.II: Le dieu cosmique, 1949, XVII-610 p.; t.III:
Les doctrines de l'âme, suivi de Jamblique, Traité de l'âme,
trad. et commentaire; Porphyre, De l'animation de l'embryon, 1953, XIV-314
p.; t.IV: Le dieu inconnu et la gnose, 1954, XI-315 p.
- FESTUGIERE A.-J.,Hermétisme et mystique païenne, Aubier-Montaigne,
1967, 333 p. 
Reconnue par les Iraniens depuis les origines, la lutte du Bien et
du Mal devient par l'enseignement de Mani, au IIIe s. après
J-C, une religion dualiste appellée manichéisme.
Persécutée (son fondateur est exécuté v.
275), cette hérésie conquiert de nombreux disciples dans
l'Empire iranien des Sassanides, dont les souverains sont zoroastriens.
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