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Les manuscrits gnostiques découverts à Nag Hammadi
"Les renards ont leurs tanières et les oiseaux ont leur nids,
mais le Fils de l'homme n'a pas d'endroit où incliner sa tête
et se reposer" (log. 86).
Les textes découverts
en 1945 en Haute-Egypte, ce n'est un secret pour personne, renfermaient
treize volumes sur papyrus comprenant rien de moins que les "évangiles
secrets" des gnostiques - jugés
"hérétiques" - comme l'Évangile des Égyptiens,
l'Évangile de Vérité, l'Évangile selon Thomas,
l'Évangile selon Philippe, l'Évangile de Marie (Marie-Madeleine)
- et des écrits et traités qualifiés d'apocryphes, comme
l'Apocalypse d'Adam, l'Hypostase des Archontes, l'Épître d'Eugnoste,
l'Apocryphon de Jean et les Actes de Pierre et des Douze Apôtres.
Enfin, le Tractatus Tripartitus.
L'Évangile
selon Thomas est, semble-t-il, le plus connu. Avec Marie-Madeleine et
Marie-Salomé, Thomas a bien été, semble-t-il, l'un
des très rares initiés du Maître, un gnostique contraint
au silence face à la jalousie et à l'incompréhension
navrante des disciples tout entiers absorbés dans leur grand rêve
du salut d'Israël. Thomas à ses compagnons :
«Si je vous disais une des paroles qu'il m'a dîtes, vous prendriez
des pierres, vous les jetteriez contre moi; et le feu sortirait des pierres
et elles vous brûleraient.» (log. 13) Les premières
lignes de l'Évangile selon Thomas sont si abruptes qu'elles nous
plongent immédiatement au cur même de la gnose éternelle
: «Voici les paroles secrètes que Jésus le Vivant
a dites et qu'a écrites Didyme Judas Thomas». (Didyme : le
Jumeau de Jésus).
On remarque par ailleurs
que certains passages de l'Évangile selon Thomas s'écartent magistralement
de toute tradition chrétienne en ce qu'ils peuvent être vus
comme de simples koans du bouddhisme zen. Ainsi du logion 44, déconcertant,
énigmatique, et qui exerce une intéressante contrainte sur
le mental qui, par nature, cherche à comprendre :
"Jésus a dit à celui qui blasphème contre le Père:
on pardonnera; et à celui qui blasphème contre le Fils:
on pardonnera; mais à celui qui blasphème contre l'esprit
pur : on ne pardonnera ni sur la terre ni au ciel."
On a épilogué
longuement sur la relation entre Jésus et Marie-Madeleine depuis
cette découverte. Pas très «canonique», en effet,
cette révélation de l'Évangile selon Philippe :
«La compagne du sauveur est Marie-Madeleine. Mais le Christ l'aimait
plus que tous les disciples, et souvent il l'embrassait sur la bouche.
Le reste des disciples s'en offensaient... Ils lui dirent: «Pourquoi
l'aimes-tu, elle, plus que nous tous ?» Le sauveur leur répondit
en disant : "Pourquoi ne vous aimé-je pas comme elle je l'aime ?... »
Pourtant, la condamnation de la sensualité s'exprime sans détour
dans l'Évangile des Égyptiens qui déclare :
«Marie Salomé demanda au Seigneur : Maître, quand finira
le règne de la mort ? et Jésus répondit : lorsque
vous autres femmes ne ferez plus d'enfants... lorsque vous aurez déposé
le vêtement de honte et d'ignominie, lorsque les deux deviendront
un, qu'il n'y aura plus ni homme ni femme, alors finira le règne
de la mort.»
« Une sorte de conspiration du silence... »
Avec ses 114 dits
ou paroles, le texte copte intégral de l'Évangile selon
Thomas révèle un enseignement dont le caractère hautement
initiatique en appelle à notre maître intérieur. Il
aura tout de même fallu presque quinze ans pour que paraisse en
français deux éditions provisoires et peu accessibles de
ce célèbre évangile caché par les communautés
gnostiques d'Égypte qui disparurent au cours des persécutions
dont elles furent l'objet de la part des chrétiens. A l'évidence,
la démarche du gnostique est antinomique avec celle du chrétien.
Ce n'est qu'en 1945, à Nag Hammadi, en Haute-Égypte, que
furent exhumés d'une jarre 55 traités coptes dont l'Évangile
selon Thomas. Cet évangile secret, ce prestigieux document a requis
trente années de travail intensif pour que soit offerte au public
averti une édition à sa portée. Rapidement épuisée,
elle fut suivie, en 1979, d'une édition établie sur des
bases plus savantes par trois spécialistes dont un coptologue,
Yves Haas, un helléniste, Pierre Bourgeois, un métaphysicien,
Émile Gillabert. Dès la sortie de l'ouvrage, survînt
un événement qui paraît impensable au siècle
où nous vivons. La vente du livre fut interdite par voie de justice
et les auteurs durent aller en appel pour obtenir, après trente
mois de turpitudes invraisemblables, que cette mesure inqualifiable fût
levée...
«Curieusement,
note encore ce métaphysicien, une sorte de conspiration du silence
entoura la découverte de Nag Hammadi, découverte d'une portée
incalculable qui est de nature à remettre en question le contexte
de l'Église apostolique». De plus, ceux qui avouent être
interpellés et surtout ceux qui sont bouleversés par la
force de ces textes, plus anciens encore que les Synoptiques, et pourtant
mis à jour récemment, peu avant la découverte, entre
1947 et 1955, des écrits esséniens de la Mer Morte. Lesquels,
par parenthèse, et au contraire de l'Évangile selon Thomas,
«révèlent avec évidence la similitude d'idées
et de structure de pensée entre la secte essénienne et l'église
chrétienne primitive : même persistance eschatologique, même
attente messianique, mêmes rites, même idéal mystique
et moral». L'Évangile selon Thomas est donc à nouveau disponible
dans sa traduction littéraire en versets, avec un commentaire ésotérique
approfondi de chacun des 114 logia, pluriel de logion. Diminutif de "logos",
le logion, la "parole" des écritures sacrées, est l'enseignement
de Jésus à sa «source bouillonnante», source
à laquelle les gnostiques authentiques, «ceux qui connaissent»,
n'ont jamais cessé de s'abreuver. Ainsi, ce n'est que très
récemment que prirent fin les tribulations d'un texte libérateur,
à un moment où, souligne Émile Gillabert, il importe
plus que jamais de ne pas céder aux mirages ou à la peur
des idéologies subversives qui offrent le salut dans un devenir
coupé du réel. En réalité, aucun christianisme
n'a jamais véhiculé une véritable gnose. La doctrine
philosophique ou "doxa" était une "vérité" enseignée,
et quand cette opinion fut imposée à tous, ce fut le début
du dogmatisme. «Au début, raconte Émile Gillabert,
des curés et des pasteurs sont venus nous voir, mais il y avait
divergence quant au fond...».
« Les temps sont venus... »
Pionnier
pour les Métanoïas qui centrent leur démarche sur l'enseignement
de Jésus l'Éveillé, Émile Gillabert (1)
est l'écrivain gnostique par excellence pour avoir voué
l'essentiel de son existence à approfondir et à mettre en
lumière, sans prosélytisme, les paroles du Maître.
Car le Jésus des origines, Jésus le Vivant, est un maître
qui reste à découvrir tant ses propos ont été
quasi immédiatement dénaturés, altérés,
interprétés et, surtout, manipulés à des fins
messianiques. Car enfin, Jésus invitait simplement les disciples
à se prendre en main dans leur vie présente et non à
chercher des signes dans le ciel ! Commentateur de ce texte copte intégral
qui se présente verset par verset, suivi de la prononciation et
de la traduction mot à mot, en fin de volume, Émile Gillabert,
en termes se voulant accessibles aux "petits" si chers à Jésus,
a sans doute fait uvre de vulgarisation pour qui cherche sincèrement,
voire innocemment - ce qui n'est pas toujours caractéristique d'une
certaine gnose -, dans la "perception intime" que "le royaume est déjà
là" et que, par conséquent, il appartient à ceux
qui savent vivre une expérience bouleversante, celle-là
même qui aurait pour origine l'effacement de la personne ou du mental
au profit du réel, et l'enracinement dans un "Je suis", n'offrant
bientôt plus de prise au mental fou qui aliène notre moi
véritable. Les temps sont venus... et les commentaires de cet évangile
ésotérique sont aujourd'hui à la portée de
la plupart, non d'une élite encombrée de connaissances.
SOURCES TEXTUELLES ACCESSIBLES EN FRANCAIS.
Avant la découverte de Nag Hammadi, les textes gnostiques étaient très
rares et deux seulement ont pu parvenir intégralement :
- La Pistis Sophia, écrit copte découvert en Egypte au XVIII siècle, traduction
française par E. AMELINEAU, éd. Archè, 1975;
- Les Actes de l'Apôtre Thomas, dont on dispose d'une version syriaque
et une version grecque, renfermant le célèbre Chant de la perle : il existe
plusieurs traductions ou adaptations françaises de ce texte, par exemple
celle de H. LEISEGANG, La Gnose, traduit par Jean GOUILLARD, Payot, 1951.
ORIENTATION BIBLIOGRAPHIQUE
- Les Manuscrits de Nag Hammadi, Dossiers d'archéologie, n°
236 paru en septembre 1998.
- L'Evangile de vérité, version fr. et commentaire par J-E
MENARD, Brill, 1972.
- L'Evangile selon Philippe, version fr. et commentaire par J-E MENARD,
édité par l'Université de Strasbourg.
- l'Evangile selon Thomas, d'E. Gilabert, P. Bourgois
et Y. Hass, Métanoïa, 1979.
- Bibliothèque copte de Nag Hammadi, sous la direction de J-E MENARD
- édition française intégrale, 1986.
Sont également parus dans cette collection :
- L'Authentique Logos, J-E. MENARD, 1977;
- La Lettre de Pierre à Philippe, J-E. MENARD, 1977;
- Hermès en Haute-Égypte, J-P. MAHE, 1978;
- La Prôtennoia Trimorphe, Y. JANS-SENS, 1978;
- LHypostase des Archontes, B. BARC, 1980;
- Le Deuxième Traité du Grand Seth, L. PAINCHAUD, 1982;
- Hermès en Haute-Égypte, (tome 11), 1982.
FAC-SIMILÉS DU TRACTATUS TRIPARTITUS, L'UN DES ÉCRITS DE
NAG-HAMMADI QUI TÉMOIGNENT DE LA PLUS GRANDE DÉCOUVERTE
DE TEXTES SACRÉS DEPUIS 2000 ANS
Dans "Jésus
et la Gnose" (Dervy Livres), Émile Gillabert fait état
de l'un des textes de Nag-Hammadi, le "Tractatus Tripartitus",
cet écrit gnostique en trois parties dont nous reproduisons ci-après
deux fac-similés. des pages 52 et 68 du Codex 1 appelé aussi
Codex Jung, représentant l'une, la planche XXVI du "Tractatus
Tripartitus", l'autre, la planche XXXIV. C'est d'ailleurs dans cet
écrit gnostique que l'on peut prendre connaissance non seulement
du mythe de la Sophia - la sagesse divine descendue sur la terre -, mais
aussi de chacun des trois ordres. correspondant aux trois types d'hommes
qu'il nous est donné de rencontrer, et que l'on peut déceler
suivant leur aptitude à la connaissance: les, hyliques, les psychiques
et les pneumatiques. "En effet, souligne Émile Gillabert,
toujours dans "Jésus et la Gnose" au bas de l'échelle,
on trouve les hommes qui sont enfoncés dans la matière.
Ils ne se préoccupent ni de leur essence ni de leur origine ni
de leur destinée. Quel est alors le sens de leur existence? De
par leur nature, les hyliques périssent nécessairement :
leur fin sera comme leur commencement. Provenant du néant, ils
retournent de nouveau au néant (Tractatus Tripartitus 79.1-4).
Cependant, ils ont leur utilité dans l'économie générale
du Père car ils servent, de même que les psychiques, à
la réalisation des pneumatiques, ils favorisent chez ceux-ci la
prise de conscience du dualisme, qui est partout dans le monde créé,
et le besoin fondamental de le transcender. Les psychiques ne possèdent
pas la gnose parfaite mais ils ont la foi. Leur ordre est appelé
le "petit". Suivant d'autres sources (Fxe. Théod. 69),
il est reconnu que les pneumatiques qui sont le éveillés,
portent aussi le nom de "petits" en leur stade initial, aussi
longtemps qu'ils ne sont pas encore initiés. Ils sont alors appelés
: enfants de la Femelle. L'enfant, qu'il soit mâle ou femelle, est
appelé à devenir pneuma, pneumatique, esprit vivant. C'est
cette dernière expression que nous retrouvons dans le logion 114
de l'Évangile selon Thomas. Ainsi, pour devenir "fils de l'Homme"
(log. 106 de l'Évanglie selon Thomas), faut-il quitter l'état
de "fils de la Femme", on "enfant de la Femelle".
Selon les gnostiques, les psychiques ont une certaine nostalgie du Dieu
Suprême (130. 35; 131. 9). Ils ont reçu la foi qui leur permet
de se dégager de la matière. Certains d'entre eux pourront
se convertir et accéder à l'ordre pneumatique car ils vivent
dans l'espérance (130. 22), les autres, les "mélangés"
(120. 21-22), sont mêlés a l'ordre hylique et vont à
la perdition. Plus loin "Le psychique ne voit pas ce qui se passe
au niveau supérieur : il est l'acteur de l'histoire. Le pneumatique,
par contre, voit ce qui se passe au niveau inférieur, il en est
le spectateur." Quant à l'être pneumatique, son destin
"s'identifie à celui du gnostique, c'est pourquoi il occupe
une large place dans le mythe valentinien et spécialement dans
le Tractatus Tripartitus. Jésus ramène les pneumatiques
au Plérôme, qui est leur demeure éternelle, après
les avoir délivrés des liens de la matière qui les
tient en bas (136. 16-24). Cependant, ils ne peuvent rejoindre le Plérôme,
appelé aussi silence du Père, que s'ils ont abandonné
tout ce qui était psychique Jésus enseigne comment le pneumatique
peut se délivrer de la servitude, des souffrances et du mensonge
du temps. Sa libération est essentiellement intemporelle. Du reste
son aventure dans le temps est accidentelle et provisoire et n'affecte
en rien sa supériorité innée. Il pourra, même
dans son enveloppe charnelle, connaître la joie de la libération.
Il sait qu'il tire son origine et son être véritable du monde
transcendant et qu'il peut, ici et maintenant, prendre conscience de sa
propre substance divine restée intacte malgré son existence
terrestre"... Retour page précédente

E. Gillabert est le fondateur de l'association Métanoïa
à Marsanne (Drôme). Références
:
- Les textes sacrés de NAG-HAMMADI, traduits et présentés
par Émile Gillabert, Pierre Bourgeois et Yves Haas, 1979 ou 1982.
- L'évangile de vérité, introduction par J-E Menard,
1962.
- L'édition critique des textes de Nag Hammadi par les chercheurs
de l'université de Laval (Québec) doit être publiée
dans la Bibliothèque de la Pléïade (Gallimard).
- Les Manuscrits de Nag Hammadi, Dossiers d'archéologie, n° 236, septembre
1998. 
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