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tractatus Tripartitus 52
Tractratus Tripartitus

Les manuscrits gnostiques découverts à Nag Hammadi

"Les renards ont leurs tanières et les oiseaux ont leur nids,
mais le Fils de l'homme n'a pas d'endroit où incliner sa tête et se reposer" (log. 86).

Les textes découverts en 1945 en Haute-Egypte, ce n'est un secret pour personne, renfermaient treize volumes sur papyrus comprenant rien de moins que les "évangiles secrets" des gnostiques - jugés "hérétiques" - comme l'Évangile des Égyptiens, l'Évangile de Vérité, l'Évangile selon Thomas, l'Évangile selon Philippe, l'Évangile de Marie (Marie-Madeleine) - et des écrits et traités qualifiés d'apocryphes, comme l'Apocalypse d'Adam, l'Hypostase des Archontes, l'Épître d'Eugnoste, l'Apocryphon de Jean et les Actes de Pierre et des Douze Apôtres. Enfin, le Tractatus Tripartitus.

L'Évangile selon Thomas est, semble-t-il, le plus connu. Avec Marie-Madeleine et Marie-Salomé, Thomas a bien été, semble-t-il, l'un des très rares initiés du Maître, un gnostique contraint au silence face à la jalousie et à l'incompréhension navrante des disciples tout entiers absorbés dans leur grand rêve du salut d'Israël. Thomas à ses compagnons :
«Si je vous disais une des paroles qu'il m'a dîtes, vous prendriez des pierres, vous les jetteriez contre moi; et le feu sortirait des pierres et elles vous brûleraient.» (log. 13) Les premières lignes de l'Évangile selon Thomas sont si abruptes qu'elles nous plongent immédiatement au cœur même de la gnose éternelle : «Voici les paroles secrètes que Jésus le Vivant a dites et qu'a écrites Didyme Judas Thomas». (Didyme : le Jumeau de Jésus).

On remarque par ailleurs que certains passages de l'Évangile selon Thomas s'écartent magistralement de toute tradition chrétienne en ce qu'ils peuvent être vus comme de simples koans du bouddhisme zen. Ainsi du logion 44, déconcertant, énigmatique, et qui exerce une intéressante contrainte sur le mental qui, par nature, cherche à comprendre :
"Jésus a dit à celui qui blasphème contre le Père: on pardonnera; et à celui qui blasphème contre le Fils: on pardonnera; mais à celui qui blasphème contre l'esprit pur : on ne pardonnera ni sur la terre ni au ciel."
On a épilogué longuement sur la relation entre Jésus et Marie-Madeleine depuis cette découverte. Pas très «canonique», en effet, cette révélation de l'Évangile selon Philippe :
«La compagne du sauveur est Marie-Madeleine. Mais le Christ l'aimait plus que tous les disciples, et souvent il l'embrassait sur la bouche. Le reste des disciples s'en offensaient... Ils lui dirent: «Pourquoi l'aimes-tu, elle, plus que nous tous ?» Le sauveur leur répondit en disant : "Pourquoi ne vous aimé-je pas comme elle je l'aime ?... » Pourtant, la condamnation de la sensualité s'exprime sans détour dans l'Évangile des Égyptiens qui déclare :
«Marie Salomé demanda au Seigneur : Maître, quand finira le règne de la mort ? et Jésus répondit : lorsque vous autres femmes ne ferez plus d'enfants... lorsque vous aurez déposé le vêtement de honte et d'ignominie, lorsque les deux deviendront un, qu'il n'y aura plus ni homme ni femme, alors finira le règne de la mort.»

« Une sorte de conspiration du silence... »

Avec ses 114 dits ou paroles, le texte copte intégral de l'Évangile selon Thomas révèle un enseignement dont le caractère hautement initiatique en appelle à notre maître intérieur. Il aura tout de même fallu presque quinze ans pour que paraisse en français deux éditions provisoires et peu accessibles de ce célèbre évangile caché par les communautés gnostiques d'Égypte qui disparurent au cours des persécutions dont elles furent l'objet de la part des chrétiens. A l'évidence, la démarche du gnostique est antinomique avec celle du chrétien. Ce n'est qu'en 1945, à Nag Hammadi, en Haute-Égypte, que furent exhumés d'une jarre 55 traités coptes dont l'Évangile selon Thomas. Cet évangile secret, ce prestigieux document a requis trente années de travail intensif pour que soit offerte au public averti une édition à sa portée. Rapidement épuisée, elle fut suivie, en 1979, d'une édition établie sur des bases plus savantes par trois spécialistes dont un coptologue, Yves Haas, un helléniste, Pierre Bourgeois, un métaphysicien, Émile Gillabert. Dès la sortie de l'ouvrage, survînt un événement qui paraît impensable au siècle où nous vivons. La vente du livre fut interdite par voie de justice et les auteurs durent aller en appel pour obtenir, après trente mois de turpitudes invraisemblables, que cette mesure inqualifiable fût levée...
«Curieusement, note encore ce métaphysicien, une sorte de conspiration du silence entoura la découverte de Nag Hammadi, découverte d'une portée incalculable qui est de nature à remettre en question le contexte de l'Église apostolique». De plus, ceux qui avouent être interpellés et surtout ceux qui sont bouleversés par la force de ces textes, plus anciens encore que les Synoptiques, et pourtant mis à jour récemment, peu avant la découverte, entre 1947 et 1955, des écrits esséniens de la Mer Morte. Lesquels, par parenthèse, et au contraire de l'Évangile selon Thomas, «révèlent avec évidence la similitude d'idées et de structure de pensée entre la secte essénienne et l'église chrétienne primitive : même persistance eschatologique, même attente messianique, mêmes rites, même idéal mystique et moral». L'Évangile selon Thomas est donc à nouveau disponible dans sa traduction littéraire en versets, avec un commentaire ésotérique approfondi de chacun des 114 logia, pluriel de logion. Diminutif de "logos", le logion, la "parole" des écritures sacrées, est l'enseignement de Jésus à sa «source bouillonnante», source à laquelle les gnostiques authentiques, «ceux qui connaissent», n'ont jamais cessé de s'abreuver. Ainsi, ce n'est que très récemment que prirent fin les tribulations d'un texte libérateur, à un moment où, souligne Émile Gillabert, il importe plus que jamais de ne pas céder aux mirages ou à la peur des idéologies subversives qui offrent le salut dans un devenir coupé du réel. En réalité, aucun christianisme n'a jamais véhiculé une véritable gnose. La doctrine philosophique ou "doxa" était une "vérité" enseignée, et quand cette opinion fut imposée à tous, ce fut le début du dogmatisme. «Au début, raconte Émile Gillabert, des curés et des pasteurs sont venus nous voir, mais il y avait divergence quant au fond...».

« Les temps sont venus... »

Pionnier pour les Métanoïas qui centrent leur démarche sur l'enseignement de Jésus l'Éveillé, Émile Gillabert (1) est l'écrivain gnostique par excellence pour avoir voué l'essentiel de son existence à approfondir et à mettre en lumière, sans prosélytisme, les paroles du Maître. Car le Jésus des origines, Jésus le Vivant, est un maître qui reste à découvrir tant ses propos ont été quasi immédiatement dénaturés, altérés, interprétés et, surtout, manipulés à des fins messianiques. Car enfin, Jésus invitait simplement les disciples à se prendre en main dans leur vie présente et non à chercher des signes dans le ciel ! Commentateur de ce texte copte intégral qui se présente verset par verset, suivi de la prononciation et de la traduction mot à mot, en fin de volume, Émile Gillabert, en termes se voulant accessibles aux "petits" si chers à Jésus, a sans doute fait œuvre de vulgarisation pour qui cherche sincèrement, voire innocemment - ce qui n'est pas toujours caractéristique d'une certaine gnose -, dans la "perception intime" que "le royaume est déjà là" et que, par conséquent, il appartient à ceux qui savent vivre une expérience bouleversante, celle-là même qui aurait pour origine l'effacement de la personne ou du mental au profit du réel, et l'enracinement dans un "Je suis", n'offrant bientôt plus de prise au mental fou qui aliène notre moi véritable. Les temps sont venus... et les commentaires de cet évangile ésotérique sont aujourd'hui à la portée de la plupart, non d'une élite encombrée de connaissances.

SOURCES TEXTUELLES ACCESSIBLES EN FRANCAIS.
Avant la découverte de Nag Hammadi, les textes gnostiques étaient très rares et deux seulement ont pu parvenir intégralement :
- La Pistis Sophia, écrit copte découvert en Egypte au XVIII siècle, traduction française par E. AMELINEAU, éd. Archè, 1975;
- Les Actes de l'Apôtre Thomas, dont on dispose d'une version syriaque et une version grecque, renfermant le célèbre Chant de la perle : il existe plusieurs traductions ou adaptations françaises de ce texte, par exemple celle de H. LEISEGANG, La Gnose, traduit par Jean GOUILLARD, Payot, 1951.
ORIENTATION BIBLIOGRAPHIQUE
- Les Manuscrits de Nag Hammadi, Dossiers d'archéologie, n° 236 paru en septembre 1998.
- L'Evangile de vérité, version fr. et commentaire par J-E MENARD, Brill, 1972.
- L'Evangile selon Philippe, version fr. et commentaire par J-E MENARD, édité par l'Université de Strasbourg.
- l'Evangile selon Thomas, d'E. Gilabert, P. Bourgois et Y. Hass, Métanoïa, 1979.
- Bibliothèque copte de Nag Hammadi, sous la direction de J-E MENARD - édition française intégrale, 1986.
Sont également parus dans cette collection :
- L'Authentique Logos, J-E. MENARD, 1977;
- La Lettre de Pierre à Philippe, J-E. MENARD, 1977;
- Hermès en Haute-Égypte, J-P. MAHE, 1978;
- La Prôtennoia Trimorphe, Y. JANS-SENS, 1978;
- LHypostase des Archontes, B. BARC, 1980;
- Le Deuxième Traité du Grand Seth, L. PAINCHAUD, 1982;
- Hermès en Haute-Égypte, (tome 11), 1982.

FAC-SIMILÉS DU TRACTATUS TRIPARTITUS, L'UN DES ÉCRITS DE NAG-HAMMADI QUI TÉMOIGNENT DE LA PLUS GRANDE DÉCOUVERTE DE TEXTES SACRÉS DEPUIS 2000 ANS
Dans "Jésus et la Gnose" (Dervy Livres), Émile Gillabert fait état de l'un des textes de Nag-Hammadi, le "Tractatus Tripartitus", cet écrit gnostique en trois parties dont nous reproduisons ci-après deux fac-similés. des pages 52 et 68 du Codex 1 appelé aussi Codex Jung, représentant l'une, la planche XXVI du "Tractatus Tripartitus", l'autre, la planche XXXIV. C'est d'ailleurs dans cet écrit gnostique que l'on peut prendre connaissance non seulement du mythe de la Sophia - la sagesse divine descendue sur la terre -, mais aussi de chacun des trois ordres. correspondant aux trois types d'hommes qu'il nous est donné de rencontrer, et que l'on peut déceler suivant leur aptitude à la connaissance: les, hyliques, les psychiques et les pneumatiques. "En effet, souligne Émile Gillabert, toujours dans "Jésus et la Gnose" au bas de l'échelle, on trouve les hommes qui sont enfoncés dans la matière. Ils ne se préoccupent ni de leur essence ni de leur origine ni de leur destinée. Quel est alors le sens de leur existence? De par leur nature, les hyliques périssent nécessairement : leur fin sera comme leur commencement. Provenant du néant, ils retournent de nouveau au néant (Tractatus Tripartitus 79.1-4). Cependant, ils ont leur utilité dans l'économie générale du Père car ils servent, de même que les psychiques, à la réalisation des pneumatiques, ils favorisent chez ceux-ci la prise de conscience du dualisme, qui est partout dans le monde créé, et le besoin fondamental de le transcender. Les psychiques ne possèdent pas la gnose parfaite mais ils ont la foi. Leur ordre est appelé le "petit". Suivant d'autres sources (Fxe. Théod. 69), il est reconnu que les pneumatiques qui sont le éveillés, portent aussi le nom de "petits" en leur stade initial, aussi longtemps qu'ils ne sont pas encore initiés. Ils sont alors appelés : enfants de la Femelle. L'enfant, qu'il soit mâle ou femelle, est appelé à devenir pneuma, pneumatique, esprit vivant. C'est cette dernière expression que nous retrouvons dans le logion 114 de l'Évangile selon Thomas. Ainsi, pour devenir "fils de l'Homme" (log. 106 de l'Évanglie selon Thomas), faut-il quitter l'état de "fils de la Femme", on "enfant de la Femelle". Selon les gnostiques, les psychiques ont une certaine nostalgie du Dieu Suprême (130. 35; 131. 9). Ils ont reçu la foi qui leur permet de se dégager de la matière. Certains d'entre eux pourront se convertir et accéder à l'ordre pneumatique car ils vivent dans l'espérance (130. 22), les autres, les "mélangés" (120. 21-22), sont mêlés a l'ordre hylique et vont à la perdition. Plus loin "Le psychique ne voit pas ce qui se passe au niveau supérieur : il est l'acteur de l'histoire. Le pneumatique, par contre, voit ce qui se passe au niveau inférieur, il en est le spectateur." Quant à l'être pneumatique, son destin "s'identifie à celui du gnostique, c'est pourquoi il occupe une large place dans le mythe valentinien et spécialement dans le Tractatus Tripartitus. Jésus ramène les pneumatiques au Plérôme, qui est leur demeure éternelle, après les avoir délivrés des liens de la matière qui les tient en bas (136. 16-24). Cependant, ils ne peuvent rejoindre le Plérôme, appelé aussi silence du Père, que s'ils ont abandonné tout ce qui était psychique Jésus enseigne comment le pneumatique peut se délivrer de la servitude, des souffrances et du mensonge du temps. Sa libération est essentiellement intemporelle. Du reste son aventure dans le temps est accidentelle et provisoire et n'affecte en rien sa supériorité innée. Il pourra, même dans son enveloppe charnelle, connaître la joie de la libération. Il sait qu'il tire son origine et son être véritable du monde transcendant et qu'il peut, ici et maintenant, prendre conscience de sa propre substance divine restée intacte malgré son existence terrestre"... Retour page précédente

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E. Gillabert est le fondateur de l'association Métanoïa à Marsanne (Drôme). Références :
- Les textes sacrés de NAG-HAMMADI, traduits et présentés par Émile Gillabert, Pierre Bourgeois et Yves Haas, 1979 ou 1982.
- L'évangile de vérité, introduction par J-E Menard, 1962.
- L'édition critique des textes de Nag Hammadi par les chercheurs de l'université de Laval (Québec) doit être publiée dans la Bibliothèque de la Pléïade (Gallimard).
- Les Manuscrits de Nag Hammadi, Dossiers d'archéologie, n° 236, septembre 1998.

 
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