Le déclin de
la religion chrétienne eut, avec Ernest Renan (note)
et Lamennais, un tel retentissement au XIXe siècle,
surtout auprès des générations d'intellectuels
français, que cela gagna la sphère politique et l’attitude
des Français face au christianisme jusqu’à la guerre
de 14-18. Les malheurs de la guerre ont ravivé la pratique religieuse
chez les femmes, en particulier, et elle s'est maintenue jusque dans
les années 50.
Aujourd'hui, la pratique
religieuse a presque disparu dans notre société : on dénombre
à peine 8% de pratiquants en France en l'an 2000 et on compte
de plus en plus d'athées, même chez des baptisés
cultivés. Les cérémonies en grande pompe fascinent
encore, mais les églises se vident le dimanche. De grands quartiers
neufs n'ont qu'une petite chapelle ou une église à moitié
vide. Les jeunes gens ne prient plus et n'obéissent plus aux
injonctions de l'Eglise ou du pape. La crise des vocations est le grand
problème de l'Eglise catholique, - l'archevêque de Poitier
a dressé un tableau éloquent de la diminution des vocations
à la conférence épiscopale de Lourdes (8 novembre
2007) et la pénurie de prêtres l'a obligée à
redécouper la carte des paroisses pour assurer le service des
messes et comme cela n'est pas suffisant, elle a recours à des
éclésiastiques qui se déplacent de diocèses
en diocèses. Chez les Protestants, la baisse est de 50%... La
spiritualité ne disparait pas pour autant, elle se situe dans
diverses sociétés traditionnelles, chez les Non-violents
et les écologistes, et dans les sectes en tous genres.
Note
Après quelques
années d'études au séminaire, Ernest Renan (1823-1892)
renonce au sacerdoce.. Sa foi découlait
d’habitudes familiales et d’émotions enfantines et
surtout d’un idéalisme religieux, dont le philosophe ne
cherchera jamais à se débarrasser. Ce furent la découverte
de la littérature romantique, puis la philologie et surtout la
philosophie allemande, et, plus encore, l’influence de sa sœur
Henriette qui ébranlèrent définitivement ce christianisme
superficiel. En 1845, il renonce à sa vocation car il doute de
l'authenticité littérale de l'enseignement du Christ.
Il effectue un voyage archéologique en Palestine et en Syrie,
et publie en 1863 sa célèbre Vie de Jésus,
un essai qui cherche à retracer la vraie vie du Messie des chrétiens,
telle qu'il l'imaginait.
En publiant La Vie de Jésus en 1863, Renan vulgarisa
dans un des plus beaux style de la littérature française
les travaux de l’exégèse allemande en reprenant
les thèses de David Strauss. Il pose ainsi, devant le grand public,
le problème du Christ Jésus en rejetant toute intervention
divine ou surnaturelle. C’est un des événements
du siècle, dont le succès fut considérable en librairie
et qui fut traduite dans toutes les langues du monde. Ainsi, Renan
a été parfois surnommé "l’enchanteur",
comme le fut Chateaubriand cinquante ans plus tôt. Et cela, en
grande partie grâce à la magie de son style. Mais il faut
bien avouer que sa Vie de Jésus est davantage un
ouvrage de polémique agrémenté d’une poésie
certaine et qui tend au romanesque plutôt qu’au scientifique.
Cependant, il aura eu pour résultat d’intéresser
une large partie du public à des problèmes qui, depuis
Voltaire, avaient été mis en sommeil sous l’influence
de diverses Églises. La philologie résoud le problème
des miracles dans les évangiles en les niant. Pour lui, l'évangile
selon Jean est le moins crédible des quatre. C'est en traitant
l'histoire des apôtres que l'on peut rechercher l'origine des
légendes relatives à la résurrection.
Cette perte de la foi est remarquablement contée
dans ses Souvenirs d’enfance et de jeunesse Il fait
de Jésus le portrait «d'un homme incomparable», certes,
mais d'un homme, un personnage éminemment mortel et non divin,
et établit une hiérarchie de valeur qu'on appellerait
aujourd'hui une sorte d'«humanisme séculier». Succès
d'édition planétaire permanent depuis un siècle,
l'ouvrage de Renan tente de démythifier le christianisme. Renan
n'était pas un obscur érudit ou un mystificateur en quête
de sensationnel. C'était au contraire l'une des personnalités
intellectuelles les plus estimées et les plus prestigieuses de
son temps. La Vie de Jésus modifia d'emblée
l'attitude envers les sciences bibliques. Renan demeura pendant les
trente dernières années de sa vie une épine plantée
dans le pied de l'Église, en raison de la publication de ses
ouvrages sur les apôtres, sur Paul et sur l'origine du christianisme
avec son Histoire des Origines du Christianisme (1863-1883)
qui montre comment les discliples et surtout Saint Paul ont interprêté
l'évènement. Restant fidèle à sa méthode
consistant à rejeter, en matière religieuse, toute intervention
divine et tout mystère pour n’accepter que les faits "scientifiquement"
explicables et prouvés, il ne renonça pas cependant à
aimer et faire aimer la beauté.
Si, à Athènes
qu’il visite en 1865, il exalte le "miracle grec" et
la culture de l'Empire romain dans un des plus beaux textes de la littérature
française, il garde cependant une sensibilité chrétienne.
Bien que rejetant les dogmes du catholicisme, il n’en continue
pas moins d’admirer l’histoire judéo-chrétienne
et le montre bien dans l’Histoire des Origines ou l’Histoire
du peuple d’Israël (1887-1893) et, pour Nietzsche,
Renan est le type d'homme qui n'a pas renié les valeurs du christianisme
malgré son scepticisme... 