« Se trouver
un travail pour avoir un salaire : - voilà ce qui rend aujourd'hui presque
tous les hommes égaux dans les pays civilisés ; pour eux tous le travail
est un moyen et non la fin ; c'est pourquoi ils mettent peu de finesse
au choix du travail, pourvu qu'il procure un gain abondant.
Or, il y a des hommes rares qui préfèrent périr plutôt que de travailler
sans plaisir : ils sont délicats et difficiles à satisfaire, ils ne
se contentent pas d'un gros gain lorsque le travail n'est pas lui-même
le gain de tous les gains. De cette espèce d'hommes rares font partie
les artistes et les contemplatifs, mais aussi ces oisifs qui passent
leur vie à la chasse ou bien aux intrigues d'amour et aux aventures.
Tous cherchent le travail et la peine lorsqu'ils sont mêlés de plaisir,
et le travail le plus difficile et le plus dur, s'il le faut. Sinon,
ils sont décidés à paresser, quand bien même cette paresse signifierait
misère, déshonneur, péril pour la santé et pour la vie. Ils ne craignent
pas tant l'ennui que le travail sans plaisir : il leur faut même beaucoup
d'ennui pour que leur travaille réussisse. Pour le penseur et pour l'esprit
inventif, l'ennui est ce calme plat de l'âme qui précède la course heureuse
et les vents joyeux ; il leur faut le supporter, en attendre les effets
à part eux : - voilà précisément ce que les natures inférieures
n'arrivent absolument pas à obtenir d'elles-mêmes ! Chasser l'ennui
à tout prix est aussi vulgaire que travailler sans plaisir. »
Voilà ce qu'écrivait Michel
Bakounine :
« Écrasé par son travail quotidien, privé
de loisir, de commerce intellectuel, de lecture, enfin de presque tous
les moyens et d'une bonne partie des stimulants qui développent
la réflexion dans les hommes, le peuple accepte le plus souvent
sans critique et en bloc les traditions religieuses qui, l'enveloppant
dès le plus jeune âge dans toutes les circonstances de
sa vie, et artificiellement entretenues en son sein par une foule d'empoisonneurs
officiels de toute espèce, prêtres et laïques, se
transforment chez lui en une sorte d'habitude mentale et morale, trop
souvent plus puissante même que son bon sens naturel.
Il est une autre raison qui explique et qui légitime en quelque
sorte les croyances absurdes du peuple. Cette raison, c'est la situation
misérable à laquelle il se trouve fatalement condamné
par l'organisation économique de la société, dans
les pays les plus civilisés de l'Europe. » Lourdement imposé,
taxé, l'individu se retranche seul devant sa télévision
et ne voit même pas à quel point il est mal informé,
de plus en plus manipulé, maltraité.
H. Marcuse disait en gros : 
La société de consommation qui impose un travail contraignant nous laissant
peu de temps libre détourne l'individu des plaisirs authentiques. La
libido fait les frais de restrictions. Le désir
est refoulé, ou transféré aux objets de substitution ; par la publicité,
elle crée des besoins mais elle n'offre que des gadgets et montre de
jolies femmes à voir mais pas à toucher; elle nous propose toutes sortes
de divertissements audiovisuels. De plus en plus, la technicité écrase
les apparences démocratiques par le biais de la manipulation des consciences.
Les manipulateurs usent de la technicité comme, par exemple, l'abus
des sondages d'opinion, l'affichage des cours de la Bourse, l'invention
des "nouvelles technologies" et la démocratie est plus apparente que
réelle. On fait tout pour nous empêcher la prise de conscience, la révolte
et le changement. Il n'est pas permis de penser, d'avoir quelque volonté
propre. Maintenant les apologistes du travail
vous maltraitent :
«Ta gueule, vote et bosse !»
Vous n'avez plus le temps de vous réunir, de festoyer, de discuter.
Les rencontres sentimentales ou les contacts rapprochés se font rares.
Les années passent sans pouvoir vraiment jouir de la vie. C'est profondément
frustrant. Or un individu frustré est un être incomplet, malade, car
insatisfait. Combien sommes-nous de mécontents, au visage livide, renfrogné...
ou simplement de désabusés, de désenchantés de la vie ?
Que faire ?
En 1968, on répondait : - le pouvoir est
à l'imagination !
C'est Einstein qui disait : « L'imagination est plus importante
que la connaissance. »
