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La volonté qui manque
« La volonté
de pouvoir est justement volonté de vie », prétend
Nietzsche. Il faut entendre par là la volonté de se réaliser
et la volonté de pouvoir créer de nouvelles valeurs. C'est
la voie du créateur. «Inversion de toutes
les valeurs», écrit-il !
La
Volonté de Puissance avait été laissée
à l'état de notes, avec une ébauche de structure
et avec le vague projet d'écrire le livre parfait. Or, G. Colli
et M. Montinari ont montré que ce n'est pas Nietzsche qui l'a élaboré
et ses notes ont été manipulées pour être publiées
en 1901 par Élisabeth Nietzsche-Forster, sa sur mariée
à un Nazi. A lire :
Nietzsche et le nazisme, Arno Münster. Kimé, 1995.
La Volonté de puissance n'existe pas, Mazzino Montinari.
L'Eclat, 1996.
Les Juifs selon Hegel et Nietzsche, Yirmiyahu Yovel. Seuil,
2001.
Notre monde nous renvoie-t-il
notre propre image ? Sous le masque des bonnes manières et des
bonnes intentions affirmées, se dissimule la volonté de
puissance plus ou moins agressive de chaque État qui se croit obligé
d'avoir d'extraordinaires moyens de défense armée. La volonté
de puissance est-elle le moteur fondamental de l'être humain ? «Volonté
de vie ? Au lieu de celle-ci je n'ai jamais trouvé que volonté
de puissance. » (FP*)
Humaine,
trop bassement "humaine" est souvent
l'attitude de l'homme qui s'acharne à reproduire
les mêmes schémas de pensée,
à avoir une morale des plus ambiguë,
celle qui consiste à tolérer le
crime organisé par l'Etat tout en sanctionnant
sévèrement le criminel isolé.
A peine sorti de l'école où la violence
est réprimée, nous sommes dirigés
vers l'école du crime, l'Armée,institution
nationale qui prend le parti de la violence, et
quelle violence ! La plus terrifiante, la plus
aveugle, la violence des armes.
Nous
sommes tous conditionnés. Nous dépendons
de nos gènes, de notre éducation,
de notre environnement. Quel désir nous
anime, quelle passion nous dévore, quelle
crainte nous inhibe ? Quelle volonté l'emporte
sur l'autre ? L'État impose des obligations,
mais comment sont-elles déterminées
? Celui qui commande obéit bien à
quelque-chose. Si nous avons des droits, nous
avons aussi nos devoirs, et nos dirigeants ont
plus de devoirs à rendre. Qu'ils nous rendent
des comptes, qu'ils soient clairs sur leurs choix,
et qu'ils nous consultent pour les grands choix.
Personne ne veut la
guerre parmi nous et, cependant, tout le monde la prépare à
grands frais ! Quelle est notre volonté ? Avons-nous la volonté
de faire ce que nous voulons ? Le refus d'obéir est un droit
vraiment imprescriptible. Or, "l'instinct dominant est la volonté
de puissance" (Par delà Bien et Mal). Pas de puissance
sans volonté personnelle. Le besoin de dominer des uns suppose
que nous supportons d'être dominés, asservis. Est-ce nous
qui nous conduisons en larbins, toujours soumis à l'autorité
? (le Discours de la servitude volontaire,
de La Boétie, est toujours ctuel. Les gens aiment se laisser gouverner;
ils font confiance et délèguent leurs droits. Là
est la source de leur malheur).
Il serait temps de
savoir et d'admettre qu'il y a d'autres moyens que la défense armée
pour résoudre les conflits et instituer une paix durable. Ceux-ci
sont décrits dans des ouvrages publiés depuis des années
par les milieux non-violents : ils exposent, par exemple, comment dissuader
un éventuel envahisseur en rendant le pays rapidement ingouvernable
et ses moyens de production incontrôlables en cas d'attaque; il
y a divers moyens dont la moindre de choses serait la non-coopération.
Mais notre société, au contraire, n'engendre pas une forte
cohésion, et n'empêche pas la collaboration avec l'ennemi
: nous avons constaté cela dans les faits, en 1940-45.C'est peine
à voir que l'objecteur ou l'insoumis est incarcéré,
encore actuellement dans certains pays.
Qui rend ce monde cruel
? Maintenant qu'il est question d'un "gouvernement mondial", que les frontières
sont abolies à l'intérieur de l'Europe, que l'on parle de
"grand marché unique", que la menace du bloc de l'Est s'est effondrée,
une seule Grande Puissance domine dans le monde, et sur tous les tableaux
! Géographiquement invulnérables, les U.S.A. se sont-ils
dotés d'une armée pour imposer leur loi au reste du monde
? Leur "nouvel ordre mondial", sonne-t-il la fin des Etats-Nations ? L'Europe
n'est pas une confédération démocratique. Les députés
européens n'ont pas le pouvoir de décision. Il y a longtemps
qu'il n'y a plus de démocratie directe et c'est bien mensongèrement
qu'on parle de "démocratie indirecte". Il faut voir ce qu'ils appellent
"élections" ! Sans parler des magouilles pour accéder au
siège et combien il faut de milliards pour se faire élire,
quand le débat de fond est éludé !
Nous vivons un nouvel
esclavage. Et cela empire pour nous si le chômage et les inégalités
s'accroissent. Qu'allons-nous faire ? Courber la tête et nous laisser
asservir ? Qui veut la mondialisation du système économique
néolibéral s'il provoque crise sur crise ? "Le mot pour
qualifier dignement ce qui est médiocre est, on le sait, le mot
"libéral"... Nietzsche le dit lui-même.
Cette conception mercantile
du progrès est en grande partie responsable de certains des plus
grands maux planétaires. Alors que la planète dérive vers une catastrophe
écologique globale, des compromis et des déclarations inefficaces ne font
que retarder les inéluctables échéances et l'heure des décisions difficiles.
Et voilà qu'Internet
accélère cette mondialisation ! Mais qui est la grande araignée
du monde ? Elle a tissé sa toile et nous sommes ses proies. Pour
Nietzsche, c'était l'Église. Mais maintenant ? Y-a-t-il
une grande conspiration mondiale ? Un gouvernement occulte du monde ?
A côté de faits indéniables (existence de la Trilatérale
et du Bildeberger Club, et tractations secrètes des maîtres
du monde), vous n'allez pas croire à ces histoires d'Aliens, de
base 51, du disque de Roswell, inventées pour écarter les
gens des zones d'expériences nucléaires. Ne vous laissez
pas séduire par les délires de l'irrationnel, ni par les
mensonges de la désinformation.

Nietzsche, Fragments posthumes VII, 1  |